30 septembre 2006

Quand le « world wine » coulera à flots...

Thierry Brun, JEUDI 28 SEPTEMBRE 2006


La Commission européenne planche sur une libéralisation complète de l’agriculture viticole, qui transformerait le vin en produit uniformisé. Les prochaines semaines seront décisives.
En 2004, au Festival de Cannes, un documentaire de l’Américain Jonathan Nossiter, Mondovino, créait un choc. Ce film-enquête dénonçait une vague spectaculaire d’uniformisation du vin, et plus encore du goût (1). Une anticipation rattrapée aujourd’hui par l’actualité. Car une page de l’histoire vinicole est en train de se tourner dans l’Union européenne. La Commission de Bruxelles fait tout pour réformer en profondeur l’organisation commune du marché du vin. Bruxelles a présenté au Parlement européen une communication habilement intitulée « Vers un secteur vitivinicole européen durable ». Actuellement en discussion, le texte doit mener à l’adoption d’une proposition législative au mieux fin 2006, au plus tard début 2007.
Comme le résume Christophe Hartmann, vigneron alsacien, membre de la commission viticole de la Confédération paysanne, « avec ce texte, on ouvre la brèche à un vin de type mondial, sans identification géographique et de tradition. On aura bientôt une espèce de Coca-Cola du vin ! » Ce vin a déjà un surnom chez les vignerons, le « world wine » (« vin mondial »), et il est déjà promu par les pays dits du « nouveau monde » (Afrique du Sud, Argentine, Australie, Canada, Chili, États-Unis et Nouvelle-Zélande), qui ont opté pour une production de masse. Même si leur poids reste minoritaire sur la scène internationale, ces pays aux pratiques de production sans contraintes, jusqu’ici interdites en Europe, ont conquis des parts de marché et sont partis à l’assaut du Vieux Continent.

Le « world wine » est puissamment soutenu par des campagnes de communication agressives, à l’instar du célèbre et très compétitif « Yellow Tail », best-seller du vin aux États-Unis. « La course à la grosse marge et au rendement financier immédiat, engagée par les directions des gros groupes de négoce, mobilise l’ingéniosité des technologues et pulvérise les références éthiques. Désormais, les pratiques professionnelles "traditionnelles" sont même désignées comme responsables de la crise viticole en France ! », constate Pascal Frissant, viticulteur dans le Minervois héraultais.

Alors, bienvenue à la chaptalisation (adjonction de sucre), aux copeaux de chêne, aux arômes synthétiques et autres enzymes miracles, levures et cépages aromatiques transgéniques... « Grâce aux "progrès" de l’oenologie, on n’a plus besoin de terroir pour faire du vin », ironise Claude Bourguignon, ingénieur agronome, exclu de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) pour avoir dit que 90 % des sols français étaient morts. Mais ces pratiques oenologiques, qui seraient autorisées par la Commission dans un futur proche, mettent en ébullition les vignerons. « Les plus mercantiles ont fourni l’encre et le stylo, les théoriciens du libéralisme ont soufflé les arguments, des représentants professionnels ont cru y voir l’outil manquant à la compétitivité de la viticulture européenne, Bruxelles a parachevé le tout en couchant sur le papier le principe de la dissolution des particularismes culturels du vin », ont écrit quelques-uns d’entre eux dans un « Appel ultime contre les naufrageurs du vin », qui sera rendu public le 7 octobre par la Confédération paysanne (2).

Le petit syndicat agricole peut s’enorgueillir d’avoir réuni autour de cet appel un comité de soutien très médiatique : Christophe Alévêque, Anémone, Miguel Benasayag, Pierre Bonte, José Bové, Raymond Depardon, Jean Ferrat, Marc Jolivet, Daniel Mesguich, Pierre Richard, Jean-Louis Trintignant et une brochette de chefs restaurateurs, rejoints également par des syndicalistes de SUD et de la FSU. La Confédération paysanne devient ainsi l’initiatrice d’une révolte montante habituellement orchestrée par la puissante FNSEA. Bien que partisan de la concentration et de la compétitivité, le syndicat productiviste s’est mollement inquiété de « cette politique défensive d’abandon ».

Menacés de disparition, les viticulteurs paysans reprochent à la Commission de vouloir légaliser une « conception industrielle » de vins « compatibles avec un standard de consommation imaginé par les spécialistes du marketing des alcooliers internationaux. On pourra aromatiser le vin, lui enlever de l’alcool, lui ajouter du glycérol, fermenter en Europe des moûts concentrés d’Argentine ou bien encore importer des jus de raisin pour fabriquer des "vins" suédois ! »

http://www.politis.fr/article1817.html
Lire la suite dans Politis n° 919
(1) Mondovino, la série, est disponible en DVD dans sa version intégrale de dix heures, chez Diaphana/TF1.
(2) Contact : Jean-Damien Terreaux, Confédération paysanne, 01 43 62 18 72.
(3) Vins français : chronique d’une crise annoncée, Que Choisir, 30 mai 2006.

1 commentaire:

Guillaume a dit…

Salut la suisse
merci pour cet article assez halucinant je dois te dire que je ne suis pas tout a fait surpris car depuis l espagne je suis habitué a entendre et ecouter des discours de professionnel qui me font frémir

ici tout va bien il fait encore tres chaud 34 grados, on attend un bb de 3.9KG [...]

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